genestairs

28 février 2018

Q&W

Découvrez la critique du premier tome de Quantum et Woody, série publiée aux Etats-Unis chez Valiant Comics et en France, chez les Bordelais de Bliss Comics.

Le premier volume de ce titre introduit deux nouveaux personnages de l’Univers Valiant: Eric et Woody Henderson sont frères d’adoption mais ne se supportent pas. Pourtant, quand leur père meurt dans des circonstances mystérieuses, ils sont obligés de s’associer dans une enquête déjantée qui prend un tournant inattendu. L’auteur James Asmus (Gambit, Inhumans), réutilise avec maîtrise les codes bien connus de la comédie US, dans sa variante « buddy movie« .

« Nos deux héros sont fort peu héros en ce moment. » La célèbre phrase de Stendhal convient assez bien aux deux personnages rencontrés dans les premières pages de l’histoire. Eric Henderson, agent de sécurité et wannabe héros en carton; Woody Henderson, arnaqueur à la petite semaine, aussi irresponsable que beau gosse. Les retrouvailles à l’enterrement de leur père donnent le « LA » d’une relation qui est au centre de l’intrigue: deux frères amis/ennemis, chien et chat, réunis contre leur gré dans une quête toute personnelle qui leur donne l’occasion de remettre leurs vieilles rancunes sur la table. Le décor est planté, et l’on y retrouve les éléments qui ont fait le succès de 22 Jump Street sur les écrans et de Cable&Deadpool sur le papier. Les différences entre les deux héros servent de ressort comique, l’histoire est ponctuée de personnages hauts en couleur à la Kill Bill, et de péripéties plus ou moins vraisemblables qui font osciller la série entre le genre superhéroïque, la science-fiction post-moderne et la comédie de caractère.

La bonne surprise vient de la richesse des thèmes abordés, en particulier des flashbacks inclus dans chaque épisode, qui permettent de creuser la psychologie des personnages mais aussi de varier les rythmes et de rendre les tartes à la crème scénaristiques plus digestes. Quelques questions de fond sont abordées: James Asmus lâche assez vite la question sociale des rapports Noir/Blanc, plus prétexte à sourire qu’à réfléchir. En revanche, les premiers épisodes interrogent avec une certaine finesse la question de la famille recomposée, non après un divorce mais après une adoption. La figure du professeur Henderson, vrai père d’Eric/Quantum et père adoptif de Woody, est à ce titre, la plus intéressante à analyser: d’abord veuf, puis père adoptif en difficulté face à ses deux fils, il invite à relire les rapports père/fils et leur influence sur la relation dysfonctionnelle qu’entretiennent Eric et Woody.

Les questions de manipulation génétique et de jeunisme parcourent aussi les premiers épisodes de Quantum et Woody. En proposant des personnages issus de manipulations génétiques (les frères Johnny), ainsi qu’une mystérieuse multinationale scientifique aux pratiques illégales, la série de James Asmus et Tom Fowler invite à réfléchir sur la question de l' »eugénisme » comme du « jeunisme ». Et inscrit donc la série dans les grandes thématiques transversales de l’univers partagé Valiant, dans lequel les questions de bioéthique occupent une place centrale.

Ce premier tome de Quantum et Woody présente un aspect original et déjanté de l’univers de Valiant Comics. Le scénario et les graphismes de Tom Fowler, plutôt réussis, rendent la lecture plaisante et amusante. Les pitreries de Woody Henderson garantissent la présence de la légèreté dans presque chaque page. C’en est même parfois un peu pesant, et les lecteurs qui ne portent pas les personnages à la Deadpool dans leur coeur feront mieux de passer leur chemin, lassés du caractère délirant de ce qui pourrait être un excellent thriller méta-scientifique, n’était la dose éléphantesque d’humour servie par les auteurs. Mais les amateurs découvriront un récit prometteur, avec une galerie de personnages bien caractérisés, qui offre d’intéressante perspectives pour la suite (coup de coeur pour la chèvre-mascotte du titre).

Ce premier volume aux accents de Rush Hour pose une pierre supplémentaire à l’univers déjà haut en couleur proposé par l’éditeur américain. Avec ce duo dynamique de deux anti-héros inexpérimentés, la jeune maison d’édition Bliss Comics tient certainement son titre le plus délirant. A suivre !

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