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28 février 2018

Q&W

Découvrez la critique du premier tome de Quantum et Woody, série publiée aux Etats-Unis chez Valiant Comics et en France, chez les Bordelais de Bliss Comics.

Le premier volume de ce titre introduit deux nouveaux personnages de l’Univers Valiant: Eric et Woody Henderson sont frères d’adoption mais ne se supportent pas. Pourtant, quand leur père meurt dans des circonstances mystérieuses, ils sont obligés de s’associer dans une enquête déjantée qui prend un tournant inattendu. L’auteur James Asmus (Gambit, Inhumans), réutilise avec maîtrise les codes bien connus de la comédie US, dans sa variante « buddy movie« .

« Nos deux héros sont fort peu héros en ce moment. » La célèbre phrase de Stendhal convient assez bien aux deux personnages rencontrés dans les premières pages de l’histoire. Eric Henderson, agent de sécurité et wannabe héros en carton; Woody Henderson, arnaqueur à la petite semaine, aussi irresponsable que beau gosse. Les retrouvailles à l’enterrement de leur père donnent le « LA » d’une relation qui est au centre de l’intrigue: deux frères amis/ennemis, chien et chat, réunis contre leur gré dans une quête toute personnelle qui leur donne l’occasion de remettre leurs vieilles rancunes sur la table. Le décor est planté, et l’on y retrouve les éléments qui ont fait le succès de 22 Jump Street sur les écrans et de Cable&Deadpool sur le papier. Les différences entre les deux héros servent de ressort comique, l’histoire est ponctuée de personnages hauts en couleur à la Kill Bill, et de péripéties plus ou moins vraisemblables qui font osciller la série entre le genre superhéroïque, la science-fiction post-moderne et la comédie de caractère.

La bonne surprise vient de la richesse des thèmes abordés, en particulier des flashbacks inclus dans chaque épisode, qui permettent de creuser la psychologie des personnages mais aussi de varier les rythmes et de rendre les tartes à la crème scénaristiques plus digestes. Quelques questions de fond sont abordées: James Asmus lâche assez vite la question sociale des rapports Noir/Blanc, plus prétexte à sourire qu’à réfléchir. En revanche, les premiers épisodes interrogent avec une certaine finesse la question de la famille recomposée, non après un divorce mais après une adoption. La figure du professeur Henderson, vrai père d’Eric/Quantum et père adoptif de Woody, est à ce titre, la plus intéressante à analyser: d’abord veuf, puis père adoptif en difficulté face à ses deux fils, il invite à relire les rapports père/fils et leur influence sur la relation dysfonctionnelle qu’entretiennent Eric et Woody.

Les questions de manipulation génétique et de jeunisme parcourent aussi les premiers épisodes de Quantum et Woody. En proposant des personnages issus de manipulations génétiques (les frères Johnny), ainsi qu’une mystérieuse multinationale scientifique aux pratiques illégales, la série de James Asmus et Tom Fowler invite à réfléchir sur la question de l' »eugénisme » comme du « jeunisme ». Et inscrit donc la série dans les grandes thématiques transversales de l’univers partagé Valiant, dans lequel les questions de bioéthique occupent une place centrale.

Ce premier tome de Quantum et Woody présente un aspect original et déjanté de l’univers de Valiant Comics. Le scénario et les graphismes de Tom Fowler, plutôt réussis, rendent la lecture plaisante et amusante. Les pitreries de Woody Henderson garantissent la présence de la légèreté dans presque chaque page. C’en est même parfois un peu pesant, et les lecteurs qui ne portent pas les personnages à la Deadpool dans leur coeur feront mieux de passer leur chemin, lassés du caractère délirant de ce qui pourrait être un excellent thriller méta-scientifique, n’était la dose éléphantesque d’humour servie par les auteurs. Mais les amateurs découvriront un récit prometteur, avec une galerie de personnages bien caractérisés, qui offre d’intéressante perspectives pour la suite (coup de coeur pour la chèvre-mascotte du titre).

Ce premier volume aux accents de Rush Hour pose une pierre supplémentaire à l’univers déjà haut en couleur proposé par l’éditeur américain. Avec ce duo dynamique de deux anti-héros inexpérimentés, la jeune maison d’édition Bliss Comics tient certainement son titre le plus délirant. A suivre !

Marvel Comics, l’Histoire secrète (Sean Howe)

 

Un ouvrage volumineux, une couverture rouge où s’impriment des onomatopées typiques de la bande dessinée. Et surtout un titre alléchant : le terme d’ »Histoire secrète«  promet des révélations fracassantes sur le fonctionnement interne de la Maison des Idées. Tels étaient les arguments qui ont guidé ma main vers l’ouvrage de Sean Howe l’été dernier.

sean howe

Le projet est ambitieux : retracer l’intégralité de l’histoire de Marvel Comics, de ses premières heures portées par Stan Lee et Jack Kirby, jusqu’au tournant des années 2000 et l’entrée dans le temps des adaptations cinématographiques. La démarche est totalisante : Sean Howe relate les processus créatifs des personnages et des titres qui ont fait le succès de la compagnie ; il y mêle une présentation complète des acteurs principaux qui ont construit l’entreprise et son succès ; enfin, la narration inclut des analyses statistiques et des développements économiques sur les restructurations et les plans financiers qui ont rythmé ces presque 80 ans de travail.

Le pavé de ce journaliste renommé, notamment publié dans le prestigieux Entertainment Weekly, est difficilement classable : par certains côtés, nous sommes dans un récit. L’utilisation du passé, le style narratif, la mise en scène de certains grands moments de l’histoire de l’entreprise, la reprise des mots de certains de ses créateurs, rappellent un roman. Les influences très new-yorkaises dans l’écriture replacent l’ouvrage dans la tradition des romanciers journalistes à la Tom Wolfe ou Paul Auster.

Mais d’autre part, l’exigence et la recherche de la précision dans les références, le choix de mener des interviews approfondies sur plusieurs années, renvoient à l’exercice de l’investigation, doublé d’une solide formation d’universitaire. La bibliographie très complète, ainsi que les notes de bas de page particulièrement travaillées par l’auteur , illustrent le perfectionnisme avec lequel Sean Howe a mené son projet d’écriture.

Les quelques 550 pages de cette origin story proposent une approche chronologique : année après année, l’auteur déroule le fil des événements qui ont amené Marvel Comics vers le succès puis les difficultés. L’ensemble pourrait être fastidieux, couvrant près d’un siècle, presque mois par mois. Mais l’usage de l’anecdote, révélant parfois des faits ou des conversations méconnus, facilite la lecture et la compréhension de l’ensemble. Sean Howe fait le pari d’imbriquer la grande Histoire de la Maison des Idées, parfois intimement liée aux évolutions politiques ou sociologiques des Etats-Unis, avec la petite histoire, qui flattera ou surprendra le fanboy de la première comme de la dernière heure.

Car tous les publics trouveront leur bonheur dans le livre : le vieux lecteur, européen de surcroît, ignore bon nombre des faits racontés, tant la communication de la Maison des Idées à destination du Vieux Continent a été fragmentée tout au long de ces années. Les plus érudits ou les mieux renseignés d’entre nous noteront les évidences, telles que la controverse entre Jack Kirby et Stan Lee au sujet de la création de bon nombre de personnages. Mais les plus jeunes lecteurs n’ont pas ou peu connaissance des circonstances qui ont présidé à la naissance des personnages qu’ils ont découvert sur grand écran, des tensions éditoriales dans les bureaux de Madison Avenue, de la personnalité parfois flamboyante des artistes qui se sont succédés sur des titres plus ou moins obscurs.

On apprendra ainsi que la Marvel, comme certains se plaisent à dire, est avant tout une entreprise, dont le gagne-pain est le divertissement ; qu’au sein de ses bureaux a souvent sonné la révolte, parfois grondé la tempête, comme dans toute industrie. Que le travail d’éditeur a son lot de difficultés, ce n’est pas Bob Harras qui dira le contraire. Et que même quand on est un simple scénariste mal payé, on peut prendre la grosse tête.

En somme, que la petite Maison des Idées devenue grosse firme culturelle a vécu au rythme des rachats, fusions et autres acquisitions, des grèves de salariés, des pannes de distributeurs, subissant sa part des transformations ultra-libérales qui ont guidé le marché du livre depuis les années 1980.

C’est peut-être la plus grande qualité du travail de Sean Howe : le livre permet de relativiser le rôle, certes fondamental, des personnels, auteurs, scénaristes, éditeurs, secrétaires, qui ont souvent été la cible de l’amour ou du désamour du lectorat. Il nous rappelle que Marvel est aussi, surtout peut-être, une histoire de gros sous dont la valeur a, en partie, déterminé l’évolution et le succès.

Enfin, la lecture de l’ouvrage publié en 2012 permettra certainement d’éclairer les récents changements éditoriaux qui ont défrayé la chronique en cette fin d’année 2017 : le départ de Brian Michael Bendis, le remplacement d’Axel Alonso à la tête du pôle éditorial se comprend mieux une fois mis en miroir avec l’arrivée de Joe Quesada aux commandes au début des années 2000. Le livre de Sean Howe met en évidence l’aspect cyclique de l’édition des comics Marvel, son besoin régulier de renouvellement, de sang neuf parmi les têtes pensantes de l’édition,qui a parfois coûté cher aux employés modèles (on pense à Marc Guggenheim), tandis que les scénaristes ou dessinateurs peuvent, eux, rester plus longtemps en poste, tant qu’ils acceptent de se plier aux exigences salariales de PDG déconnectés du milieu. Ces patrons pilotes sont le glaçage d’un millefeuille créatif qui a connu ses grandes heures dans les années 1970-1980, vendant parfois plusieurs centaines de milliers d’exemplaires de Captain America ou des X-Men. Aujourd’hui, le gâteau est un peu plus sec, à la recherche d’un nouveau souffle qu’il espère retrouver dans le transfert de ses créations du papier vers l’écran.

Le livre est à lire, sans nul doute, non à la manière d’une encyclopédie, mais avec l’exigence du fan curieux de savoir de quel bois sont faits les fascicules qu’il achète chaque mois. Le propos distrayant, à la manière des sorties médiatiques d’un Stan Lee, cache son lot de réflexions acerbes sur les stratégies commerciales, humaines et territoriales qui ont présidé au succès et aux errances de la Maison des Idées.

Batman v Superman: le hors-sujet de Zach Snyder

Voilà quelques semaines que les pro-DC (ou ceux qui n’y connaissent rien) et les anti-DC (qui ne le sont pas forcément), se disputent sur le cas Batman v Superman. Le corps des médecins consulté sur le patient zéro de la Justice League se déchire sur le sens et les origines de la maladie. C’est grave, docteur ? Certes non, ce n’est qu’un film…ou peut-être simplement le projet raté d’un étudiant de première année de cinéma. La copie Hors-Sujet du bon élève de philosophie de Terminale, qui n’a de classique que ses défauts.

Une mauvaise lecture de l’énoncé

Tout bon professeur le dira : un hors-sujet, c’est avant tout une mauvaise compréhension des consignes.

Je dois parler de Batman, de Superman…et des autres.

Tout est dans le titre du film. BvS, c’est d’abord la rencontre/opposition (incarnée sans subtilité par la lettre « v ») entre deux icônes de la pop culture qui voyagent dans l’imaginaire contemporain depuis les années 1930. Nombreuses étaient les références auxquelles Zach Snyder pouvait se raccrocher pour construire ses personnages. Il s’est réclamé de multiples influences. Mais le résultat à l’écan est pour le moins…inédit.

Bruce Wayne fait figure de primo-accédant : alors que Man of Steel a posé les origines de Superman, Batman v Superman fait la part belle à l’exploration de la personnalité de Batman. Et nous découvrons avec stupeur qu’en fait de chevalier noir, on a un psychopathe…gris. Ben Affleck incarne un Batman chagrin, dépressif, mais surtout ultra-violent, monomaniaque et illuminé. La référence au Dark Knight de Frank Miller ne tient qu’un temps : rien dans le film n’illustre un héros dépassé par les événements, déchu par son ombre, chassé par son passé. Ici, Bruce Wayne est rigide, fermé, implacable et sûr de lui. Il marque ses ennemis au fer rouge, les torture au fond d’une cave, et joue les inquisiteurs d’un autre siècle animé de visions eschatologiques délirantes.

La figure de Superman est posée depuis Man of Steel, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les contresens d’origine sont toujours là. Il n’a pas changé, le Superman de Snyder, c’est toujours la copie sur pellicule du Christ qui pleure des miracles au fin fond d’une grotte mexicaine. En fait de héros, Zach Snyder nous offre un surhomme qui s’incline vers le monde sans s’y inclure. Comme si l’acier de son surnom l’embarrassait et le coupait de l’humanité qu’il devrait servir et protéger (ça non plus nous n’y aurons pas droit). Superman est un dieu, Snyder persiste et signe, à la limite du blasphème.

Dans la lecture de son sujet, le réalisateur a saisi l’importance des seconds rôles et leur offre une place de choix, au carrefour de la caricature et du contresens littéraire. Quoi ? Des auteurs ont réfléchi à l’utilité de Loïs Lane ? Mais pourquoi faire ? Miss Lane n’est rien de plus dans BvS que l’éternelle potiche avec un panneau « à sauver » scotché entre les omoplates. Toute la force du personnage tel qu’écrit depuis 1938, c’est de remiser les clichés façon « damzell in distress ». Qu’à cela ne tienne, Snyder lui colle un aimant à Superman et abandonne littéralement le personnage qui ne manifeste presque aucun esprit d’initiative, si ce n’est sur la fin du film, dans une de ces incohérences magistrales dont seul Batman v Superman a le secret.

Celui qui prend l’initiative, c’est Luthor. Enfin, Jesse Eisenberg et Zach Snyder ont pris des initiatives pour moderniser notre Lex préféré : et si on fusionnait la Némésis de Superman avec celle de Batman. Et on l’appelle Luthor, d’accord ? Résultat: un erzats des deux plus grands supervilains du DC Universe. sans humour, clownesque et pasticheur, Jesse Eisenberg en fait trop dans le jeu pour incarner celui qui en fait trop à l’écran. Et échoue en nous vendant un guignol en lieu et place d’un sociopathe.

Des autres figures de l’univers DC nous n’aurons que des ébauches, parfois navrantes à l’image d’un Perry White gueulard et stupide ou d’un Alfred qui s’inscrit à rebours du majordome incarné par Michael Caine pour se transformer en assistant high-tech à la Lucius Fox dans la trilogie Nolan. Le personnage de Wonder Woman, incarné par Gal Gadot, est encore bien mystérieux après vingt minutes de présence à l’écran et cinq petites phrases de dialogue. Sexiste, Snyder ? Regardez mieux un certain plan où la demoiselle gît jambes écartées au sol…Tout un manifeste. Et difficile de ne pas imaginer le pire à l’écran pour Justice League lors d’un certain caméo que l’on aurait souhaité plus fugace.

Hors-sujet, donc, dans la construction de personnages désincarnés, détachés du monde, auxquels il est ardu d’accorder la qualité de héros. Alors, super-héros, vous imaginez…

Je dois introduire Justice League

A l’origine, BvS était Man of Steel II. Mais, pensant son élève légèrement précoce, la Warner a compliqué les choses en rajoutant un deuxième personnage de rang : le Chevalier Noir, que Chris Nolan a bien voulu prêter. Et puis, tant qu’à faire, visons le bac mention TB : Snyder s’est retrouvé avec un « Dawn of Justice » sorti de je ne sais où sur les bras. Donc avec la lourde tâche de faire un film sur Superman qui se bat contre Batman, aidés par Wonder Woman, avec en fond Flash, Aquaman et Cyborg. Pour un peu on se croirait dans Once Upon A Time. Sans grande surprise (sans spoiler non plus), le candidat a pêché par excès. Zach Snyder a été trop gourmand dans ses choix et malavisé dans sa démarche. La présentation de cette fameuse Justice League arrive largement trop tard, en sus, comme déconnectée de l’intrigue principale. Un cheveu super-héroïque dans une soupe déjà bien chargée, une incohérence de plus dans un film qui en est truffé.

Je dois faire un blockbuster

C’est pas que ce soit la crise chez Warner. Mais un film à 250 millions de dollars doit générer de larges bénéfices. A fortiori si l’on considère la stratégie à moyen terme (2020) du studio. Mission est donc donnée à l’élève Snyder de performer en proposant un blockbuster traditionnel et séduisant, qui mélange séquences d’action dantesques, personnages lisses, love interest et vilains caricaturaux. En s’accommodant des soixante-quinze ans de profondeur du sujet. Vous avez dit « contradictoire » ?

Mélanger. Secouer. Et l’on obtient une substance protéiforme. Combien d’antagonistes pour Superman ? Alors, listons :

  • Batman (oui, il est dans le titre)
  • le gouvernement américain, qui se méfie des Kryptoniens en général
  • quatre pauvres terroristes perdus au milieu du désert
  • Lex Luthor
  • Zod/Doomsday
  • Des missiles nucléaires balancés un peu n’importe où (risques et retombées, qui s’en soucie ?)

… et j’en passe.

Multiplier les ennemis, c’est parfois un procédé intéressant, surtout lorsqu’aucun n’a vraiment d’épaisseur. Mais là, c’est trop, bien trop pour un seul film, pour un seul héros, même pour deux. A filmer dans la surenchère, Zach Snyder perd le fan habitué à des antagonistes plus denses, et le spectateur d’ordinaire estival, décontenancé par une mise en scène sous Prozac. Car en fait de film d’action, il faudra repasser à l’été : pas d’enchaînement de séquences survitaminées, de longs temps morts pleins de bla bla, dix désolantes minutes d’affrontements entre les deux protagonistes pour lesquelles il aura fallu patienter une heure quarante…avant l’ « instant Martha » qui achève de ruiner l’ensemble.

Un blockbuster raté donc, peut-être parce qu’il ne devait pas en être un.

« ….et surtout, surtout, ne fais pas comme Marvel ! »

Ce mantra, DC et Warner ont du le chanter à Snyder, Chris Terrio et les dialoguistes sur tous les airs, dans toutes les gammes. Et de ce côté-là, le long métrage se démarque franchement des principaux adversaires de sa catégorie…mais pas en bien. Sans dire que les studio Marvel sont passés maîtres dans l’art du film choral de super-héros (loin s’en faut), le parti pris de la Maison des Idées est de compenser les lourdeurs scénaristiques, le carcan que représente le travail d’adaptation par….de la légèreté. Un ton badin que l’on ne retrouvera pas dans Batman v Superman, bien au contraire. Pas de punch lines, de sourires en coin, BvS, c’est sérieux. Sombre. Dramatique. Ca commence par un enterrement. Finit par un enterrement. Pour un peu, on pleurerait dans les chaumières. Dans sa volonté de se démarquer de la « Disney Touch » que l’on reproche souvent aux films Marvel, Snyder propose une partition obscure (la 3D n’aide pas). Une recherche de singularité stylistique poussée jusqu’à l’absurde.

Des problèmes de méthode

Mais de quoi parle-t-on au juste ?

Fans comme novices sont en droit de reprocher à Zach Snyder un manque de clarté et de lisibilité. Certains avoueront leur peine à comprendre la « vision » de Bruce Wayne. L’ensemble est doublement mis en abîme, ce qui n’aide pas. Aucune forme d’explication n’est donnée à ceux qui ignorent les réalités multiples du DC Universe. La séquence, film dans le film, est un insert inutile et bien difficile à interpréter. A fortiori quand Deborah Snyder, productrice du long-métrage, confie quelques jours après la sortie que ce passage n’existait pas dans le scénario. Un ajout qui alourdit encore un film déjà plombé par des scènes indispensables.

Le capitole explose : quelle suite est donnée à cet attentat ? Que fait le spectateur des missiles lancés contre Superman ? Autant de pistes et bien d’autres, abandonnées en chemin et qui font que le film dure. Longtemps. Et que la salle attend. Promesses non tenues et un vague sentiment d’arnaque en bouche.

La construction narrative est erratique. Elle multiplie les incohérences, parfois si invraisemblables que le public tout entier, familier ou non de l’univers DC, se sent floué et arbore en sortant un sourire dubitatif : les fils de l’intrigue, en particulier celui qui rapproche Batman et Superman avant le combat final, sont gros comme des Lego Duplo. Que dire du « planter de bâton » de Loïs Lane ? Un gag. Dès les dix premières minutes, alors que le jeune Bruce Wayne s’élève, porté par une nuée de chauves-souris, on flaire le piège. Chaque développement, chaque séance du long-métage cutté à la hache, porte son lot d’incroyable, de raisonnements aberrants. Bruce Wayne qui s’invente espion et agit en toute discrétion en TRAVERSANT les cuisines du manoir Luthor ? Wonder Woman, qui s’est abstenue d’intervenir lors de l’affrontement avec Zod, mais décide soudain qu’il y a longtemps qu’elle n’a pas mis son short et part affronter Doomsday ? Luthor, qui pénètre le vaisseau kryptonien en version « mi casa es su casa » et prend les commandes vocales de l’ordinateur de bord ? Et tant d’autres…

Qui créditer de ces errances narratives ? On se le demande. On regrette Christopher Nolan, on reprendrait même de la mort de Marion Cotillard. Comme souvent, à mi-correction, on se dit que la copie hors-sujet est une imposture ; que ce n’est pas l’élève Snyder, mais son jumeau maléfique (Mark Steven Johnson ?) qui a signé ce navet.

Techniquement, tactiquement…

Alors on se raccroche à la maîtrise technique de celui à qui l’on doit 300 et sa formidable capacité d’innovation visuelle. A son esthétique inspirée des corps antiques et des chefs d’œuvre picturaux de la Renaissance. Parlons technique : objectivement, avant d’être une mauvaise adaptation, BvS est un mauvais film.

Le scénario est écrit avec les pieds, truffé d’inexactitudes, d’approximations, de séquences inutiles. Il multiplie les longueurs. Il semble interminable. Le long-métrage est mal monté. Plusieurs séquences sont mal amenées, on ne comprend pas le sens de certaines scènes, ce qui justifie instamment la proposition d’une version longue qui clarifiera le propos. L’écriture des maigres dialogues est d’une banalité navrante, à l’image des quelques phrases prononcées (hurlées) plutôt par Laurence Fishburne (Perry White).

Quid des atouts dont peut se targuer Snyder depuis le début de sa carrière ? Sa capacité à filmer au ralenti, à proposer de beaux arrêts sur images, à interpréter le mouvement en soi comme objet filmique, se retrouve dévoyée dans Batman v Superman. Elle ne sert pas le rythme du film, déjà plombé par les longueurs. Si Batman met deux minutes pour faire trois pas…c’est encore plus long.

bvs bat armure

La lourde armure du Chevalier Noir dans BvS 

Le technicien peine à se réinventer, à ré-enchanter ses recettes utilisées depuis ses débuts. Il se perd lui-même. Comment peut-on le créditer du combat final où la Trinité affronte Doomsday, qui fait penser à God of War III ? Croix, carré, rond, triangle, ….le spectateur muni d’une manette pourrait s’y croire, et affronter un Doomsday littéralement pompé sur le troll des cavernes de la Communauté de l’Anneau, avec les yeux qui brillent façon Jem et les Hologrammes.

On se retrouve devant un film fleuve : deux heures quarante de faux-rythmes, cadencés par une musique d’une pauvreté désolante qui lorgne sur le chant grégorien sans en avoir la classe. Où les guitares électriques saturées achèvent les tympans martelés depuis deux heures par un gong sans finesse. Quand Hans Zimmer a pris un café avec M83. Mais juste un café.

 

Les errances scénaristiques se doublent donc d’erreurs techniques qui alourdissent démesurément la forme d’un spectacle où les stéréotypes s’enchaînent au point de proposer une lecture très singulière du sujet. C’est que le fond n’est pas plus reluisant que la forme.

Des erreurs de fond

Zach Snyder proposait déjà une lecture christique du personnage de Superman dans Man of Steel. On peut la partager, considérer que l’Homme d’Acier est une réinvention moderne du mythe du sauveur. Ou s’en détacher, en taxant cette approche de puritanisme de grande surface. Mais ce qui était critiquable dans l’ « origin story » de Kal El revient dans Batman v Superman sous la forme d’un paradigme général. L’ensemble du film est conçu comme un vaste sujet de peinture religieuse. Les références au christianisme sont si nombreuses qu’elles en deviennent gênantes : des plans représentant Superman surplombant la foule, tête inclinée, cheveux épars, illuminé par le soleil. La peinture du Jugement Dernier, chez Lex Luthor. La musique grégorienne. Le combat entre les deux héros, dans une église. La Pieta finale près du corps de Doomsday. Des allusions à peine voilées, clins d’œil artistiques et suitants qui provoquent le malaise du spectateur et confirment la vision déiste du réalisateur.

Les partis-pris esthétiques sont défendables : le spectateur jugera à l’aune de sa sensibilité l’hommage appuyé rendu aux esthètes de la Renaissance via des corps musclés en mouvements qui ne dépareilleraient pas aux murs des musées florentins. Mais justement, ce tribut stylistique manque de finesse. N’est pas Michel-Ange qui veut.

D’autant que les choix intellectuels sont en revanche totalement contestables : même en laissant de côté l’interprétation des personnages et de leur symbolique, BvS témoigne d’une lecture du monde partiale, d’une vision désabusée de l’humanité. La première apparition de Loïs (et donc de Superman, vous l’aurez compris, tant ces deux-là sont aimantés) est riche d’enseignements sur la vision du terrorisme qui est celle de Snyder. Passons sur l’origine ethnique de l’assassin des parents de Wayne, on pourrait taxer l’article de paranoïa. Mas quand même : Superman qui sauve les habitants d’un village mexicain est honoré comme une réincarnation divine. Alors que les Etats-Unis, personnifiés dans leur gouvernement constitué, ne tombent pas dans le piège. On peut se demander quel regard porte le réalisateur sur le monde aux frontières de son précieux territoire imaginaire : les Mexicains sont-ils d’éternels naïfs ? Les Africains, des terroristes ? Une foule de poncifs nauséabonds qui assaillent le spectateur au visionnage, guidés par une mise en scène et des références techniques parfois malvenues : des circulaires cinématographiques, déjà repérables dans Man of Steel, ne sont pas sans rappeler celles tristement célèbres des J.O. de 1936, filmés par Leni Riefenstahl. Maladresse, pour sûr. Mais tout de même, à 250 millions de dollars, on ne laisse pas ce genre de plans aux hasards.

En vidant Superman de sa substance, en faisant disparîatre Clark Kent, au sens propre, comme au sens figuré, Snyder défend une vision inquiétante de l’homme providentiel qui, dans le doute, gravit des montagnes. Dont les parents tiennent des discours peu lumineux: le monde ne mérite pas d’être sauvé, l’homme ne vaut pas un sacrifice, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, etc…Aïe.

Au-delà, cette Amérique post-11 Septembre, fébrile dans ses croyances comme sur sa gâchette promptement pressée, pétrie de condescendance pour ses voisins terrestres, ne suscite pas non plus l’espoir.

Et quelle vision de l’humanité ? Jonathan Kent pense que la survie des uns ne se fait qu’avec la mort des autres. Martha, que ce monde ne mérite pas son alien de fils. Batman exécute les criminels au volant de sa Batmobile en mode Full Metal Jacket. Wonder Woman a fait une croix sur l’humanité pendant un siècle. Le spectateur a bien le droit de sortir de la salle déçu, floué mais surtout démoralisé.

Car c’est bien un coup au moral que l’on reçoit en allant voir BvS. D’abord parce qu’on est loin d’avoir vu une comédie. Ensuite parce que le film joue sur des partis pris d’une lourdeur éléphantesque et des préjugés indélicats voire clairement malsains.

Or, qu’est-ce que Superman, dans le fond ? C’et un vecteur d’espoir. Superman trouve des solutions lorsque se présente un problème. Il met ses pouvoirs au service de la résolution d’une difficulté. On est loin du dieu désincarné de Batman v Superman. Le héros de Siegel et Shuster porte avec lui une forme singulière de confiance, d’optimisme.

Superman Siegel and Schuster

Action Comics (1938): un Superman tout en optimisme et naïveté.

Ce n’est donc pas le ressenti du spectateur qui sort de la salle de cinéma : lui n’est pas vraiment optimiste, ni sur Snyder, ni sur ses héros d’enfance, ni d’ailleurs sur le prochain Justice League qui ne respire pas la joie de vivre.

Mais comme tous les coups au moral, cela finit par se dissiper. Suicide Squad pourrait cet été aider à faire passer la pilule.

La Paris Comic Con 2015: un bilan

Juillet 2013: la cinquième édition de la Comic Con Paris, organisée en parallèle de la Japan Expo au Parc des Expositions de Villepinte fermait ses portes pour une durée indéterminée. Dans sa quête pour se dissocier de sa cousine orientale, la PCC semblait condamnée, comme d’autres manifestations avant elle, à l’intermittence.

A la manière d’un titre publié par Marvel ou D.C., c’est à un reboot que nous avons eu affaire le week-end dernier. Un restart dont l’annonce, il y a plus d’un an, avait déclenché une telle polémique que l’on s’attendait légitimement à une disqualification pour faux départ. Sur la ligne d’arrivée, ce ne fut pas tout à fait le cas

  1. Préparation polémique

Contrairement aux précédentes éditions, la Paris Comic Con 2015 a été co-organisée par Reed POP ( organisateurs de la New-York Comic Con) et Reed Expositions France, filiale hexagonale du groupe Reed Exhibitions, chargée notamment du Salon du Livre. Il y a plus d’un an, les organisateurs qui annoncent le retour d’une version française de la Comic Con s’engagent sur un terrain glissant. Les précédentes éditions étaient largement critiquées par les amateurs de conventions: la  Comic Con Paris semblait le parent pauvre de la Japan Expo, reléguée dans un coin du Parc des Expositions, bénéficiant peu de l’attractivité de sa consoeur  nippone, peinant à fidéliser et à conquérir son public malgré la venue de personnalités prestigieuses du monde de la bande dessinée (Joe Madureira, J.Scott Campbell…). Beaucoup s’offusquaient du manque de moyens accordés à la manifestation, d’une organisation bancale et du discrédit que jetaient les ados costumés en Pokémon déambulant dans les allées. De l’avis général, la Comic Con devait exister par elle-même et pour elle-même, à ses dates, selon un calendrier personnel désolidarisée de la messe française du manga à qui, de toutes manières,  elle ne manquerait pas.

En 2014, les repreneurs annonce le retour de la Comic Con Paris, prévu pour les 23, 24 et 25 octobre 2015. Aïe. Le mois d’octobre est d’ordinaire le terrain de chasse d’une autre convention française de renom: la Paris Comics Expo, dont la notoriété n’a cessé de grandir depuis sa naissance en 2012 et qui fait le bonheur de la presse et des fans par la diversité de ses invités. Adoubée par les comic-shops, prisée des lecteurs et respectée par les professionnels de la BD, la PCE se targuait de lever chaque fin d’année un peu plus haut le flambeau des conventions made in France. Pour tenter d’occuper le terrain, les deux Reed annoncent un parrain d’envergure, le réalisateur français expatrié aux US Louis Leterrier, puis laissent les réseaux sociaux divaguer sur les noms des futurs invités tous plus ronflants les un que les autres: on parle d’acteurs de The Walking Dead, du cast de Game of Thrones, de celui de Star Wars, …. Le petit monde d’internet s’affole tandis que la PCE décide d’annoncer un report de sa prochaine édition. Rappelons-le: c’est cette annonce, et non celle de la tenue de la Comic Con Paris fin octobre, qui met le feu aux poudres.

Ironie, nous sommes en octobre-novembre 2014. Un siècle plus tôt, les Poilus récemment mobilisés commençaient à creuser les tristes tranchées qui allaient joncher le Nord de la France. De l’extérieur, et toutes proportions gardées naturellement, c’est le début d’une guerre de position Reed/PCE dont la toile constitue le décor de fond, et la « presse bloggeuse », la chair à canon. Planté de barbelés: les malheurs d’un calendrier mal choisi suscitent des tweets gras, des commentaires agressifs. Premiers assauts: la presse spécialisée (pas toute, cela s’entend) attend début 2015 et les réunions de préparation et d’information pour prendre position et descendre en flèche la politique et les choix du tandem organisateur. Tout y passe: le lieu, la communication, tantôt jugée agressive, tantôt inexistante, les changements de direction et d’équipes…. Au printemps, la lutte David/PCE versus Goliath/CCP bat son plein.

Cette année de polémique a été riche d’enseignements: si on l’ignorait encore, les réseaux sociaux sont devenus des médias. La question de leur rapport à l’information et à l’objectivité journalistique reste posée, mais ils ont constitué pendant de longs mois les relais de la lutte virtuelle CCP/PCE. Qu’à cela ne tienne: les lecteurs, les membres de Twitter, Facebook et autres Google Plus, les fans, étaient bien là, le week-end dernier. Pour preuve, avant l’été, les billets VIP, pourtant vendus à 200 euros soit un coût exorbitant, étaient sold-out. Les premiers chiffres de fréquentation annoncent 30 000 personnes sur le week-end et un salon complet. Les principaux éditeurs (Glénat, Panini, Delcourt) étaient présents et le choix d’Urban Comics de détourner le regard a été largement commenté par ses lecteurs, sans indulgence particulière.  On en conclut que la campagne de dénigrement plus ou moins intense dont Reed Expositions et Reed POP ont fait l’objet n’a pas empêché les curieux de faire le déplacement. Du besoin de relativiser le poids d’internet, dont on nous rebat les oreilles…

2. Communi….quoi ?

Des erreurs de communication ? Qui n’en fait pas ? Admettons d’emblée que le plan de communication de la Comic Con Paris était maladroit: un éléphant dans un magasin de cristal de Murano. L’effet d’annonce a rapidement fait reculer la PCE. Pour autant, difficile de repérer une quelconque agressivité de la part de la CCP: jusqu’à l’été, les noms qui tombent sont prestigieux, mais peu nombreux. Les organisateurs n’inondent pas la toile, au contraire, et l’on sent qu’en coulisse, les négociations sont lentes et les garanties malaisées. On sait la présence du monstre sacré Frank Miller: mais l’homme, affaibli depuis quelques années, ne risque-t-il pas d’annuler ? De même, l’annonce de Brian Michael Bendis fait dresser les oreilles: plusieurs fois crédité au générique d’événements européens, il n’a pour ainsi dire jamais montré le bout de son nez en France. Et se charge lui-même, en septembre, d’annoncer son faux bon, via Twitter. Un camouflet de plus aux organisateurs de la convention. Bien sûr, les fans repèrent les incohérences du plan d’annonce: les questionnements via Facebook vont bon train et interrogent surtout la pauvreté du programme….et les sommes qu’il faudra débourser pour se l’offrir.

A ce stade, la promo n’est donc pas agressive, elle est juste pataude, voire inexistante. Elle n’appelle pas la bienveillance: fans et pros connaissent le parcours et la réputation de Reed POP outre-atlantique, une machine bien huilée à l’américaine, dont on attend qu’elle assure le show.

3. Organiser, mais pourquoi faire ?

Une accumulation de petites erreurs, une presse pas tendre avec l’événement avant même son ouverture….il est surprenant d’observer la masse de visiteurs patientant sagement devant le hall de la Villette, l’après-midi du 23 octobre.

Les deux jours et demi de convention ont révélé de nets problèmes d’anticipation, visibles sur le site internet: informations partielles, horaires de dédicace erronées, mises à jour irrégulières pendant l’événement. Ce même site où l’on mentionne une fouille des sacs à l’entrée de la convention sans préciser quels objets seront interdits, obligeant des dizaines de cosplayers à abandonner une partie de leurs accessoires, ou à faire demi-tour. Ce même site où l’on demande aux festivaliers d’être munis d’espèces sonnantes et trébuchantes, alors que tous les stands acceptaient les cartes de crédit.

Le plan du festival laissait aussi à désirer: pourquoi avoir scindé l’artist alley en quatre pôles, obligeant le collectionneur à arpenter les allées pour aller voir Julien Hugonnart-Bert puis à faire demi-tour pour croiser Guile Sharp ? On discutera la présence, difficile à justifier, juste en face de certains grands noms de la bande dessinée….d’un stand de maquillage. La mise en espace de ce Comic Con Paris  a clairement posé un problème aux organisateurs: remplir les espaces vides avec des tables d’artistes (ce qui ne faisait pas illusion), accueillir l’important public des panels et conférences…seules 300 places étaient disponibles pour assister aux échanges sur les super-héroïnes dans les comics alors qu’environ 700 auditeurs (pass VIP non-compris) patientaient devant l’entrée.

Vingt-quatre heures après ses débuts, une pluie de commentaires désobligeants s’abattait déjà sur la  Comic Con Paris: la saturation des files d’attentes de Frank Miller a fait son lot de déçus, et l’on s’interroge encore sur le bien-fondé de la présence de Renan Luce parmi les invités. La billetterie s’est retrouvée saturée, puis finalement sold out, en quelques heures. Trop de stands de goodies, pas assez de comic shops…et bien sûr, l’imprévisible annulation, à quelques heures de sa première séance de dédicace, de la star de la convention sur laquelle ses organisateurs ont capitalisé pendant de longues semaines: Maisie Williams, a.k.a Arya Stark dans Game of Thrones.

Sans excuser les erreurs du faux débutant, signalons que l’agacement légitime des festivaliers n’est ni plus ni moins mordant que lors de n’importe quel festival, en France comme à l’étranger. Notons aussi que l’annulation de Maisie Williams (pour des raisons restées obscures) est une tuile: elle révèle un manque de réactivité du service d’organisation, qui n’a pas su proposer de contrepartie satisfaisante aux happy few qui avaient pu s’offrir le pass VIP. Panique à bord ?  A bord du salon,peut-être, mais le budget des organisateurs, lui, s’est vu samedi matin préservé d’une substantielle amputation.

Inexpérience et méconnaissance se conjuguent pour justifier les couacs en série. La « machine Reed » ne s’est pas grippée sur le modèle français. En janvier dernier, elle a délégué dans l’urgence son volet communication et relations presse à l’agence Way To Blue. Agence qui se présente elle même comme « travaillant dans les secteurs du cinéma, des sorties vidéo, de la télévision et des marques grand public ». Le mot « comics » est absent du descriptif: Way to Blue a participé à la création de la Comic Con Paris sans maîtriser son volet fondamental, sans vision précise du socle du projet: une manifestation centrée sur la bande dessinée américaine. Pas sur la « pop culture » en général, comme l’indique le logo de l’événement. Inexpérience donc, devant l’ampleur d’un chantier déconnecté de ses racines.

Méconnaissance aussi, devant les us et coutumes français: râler copieusement face aux difficultés d’organisation et aux files d’attentes à rallonge, déambuler avec curiosité dans les allées mais garder frileusement son porte-monnaie rangé (crise oblige), … Opposons en miroir le mécontentement de festivaliers peu familiers des conventions à l’américaine: les contacts avec les personnalités invitées sont réduits au minimum, le plaisir est avant tout conditionné par la taille du porte-feuille,…

4.  Ambiance, scandale ?

Deux jours de promenade entre les stands permettent largement de rendre compte de l’ambiance de la  Comic Con Paris: étonnant donc de lire les commentaires de certains absents remarqués qui avaient boycotté la manifestation mais se permettent tout de même d’affirmer que l’encéphalogramme de Napoléon Bonaparte était plus actif que le hall de la Villette. L’ambiance d’un salon se mesure en en prenant la température, le pouls. Et pour ça, il faut être là. De plus, l’ambiance d’une convention est faite par ceux qui y assistent. Alors bien sûr, pas de musique assourdissante pendant trois jours, un simple fond sonore (RTL2 + Canal Sat + hurlement de Deadpool en délire) qui faisait d’autant plus résonner l’espace. La hauteur sous plafond n’aide pas non plus. L’ensemble donnait à la CCP un tempo lent, contemplatif (tellement français), à des années lumières de l’hystérie d’un Paris Manga où l’on se marche dessus dans les allées. Ici, du moins le vendredi, on avait la place de déambuler et de s’arrêter devant les stands.

Ce rythme particulier a aussi permis au public de profiter davantage des invités qu’il était venu  rencontrer: au stand Glénat Comics, les débats sont allés bon train entre Elsa Charretier, Pierrick Colinet et leurs fans venus faire signer leur exemplaire de The Infinite Loop. Matt Fraction et Kelly Sue Deconnick se sont volontiers prêtés au jeu des photos. Les retours de ces mêmes artistes, postés via les réseaux sociaux, laissent entendre leur satisfaction (liée en grande partie à la joie d’être à Paris, soyons réalistes). Les étals dénudés des éditeurs à la fin de la deuxième journée de convention, les commentaires satisfaits des présents sur l’artist alley, vont dans le même sens: la CCP n’a pas été pas le four annoncé par ses détracteurs.

5. Please, try again

Naturellement, on pouvait faire mieux: avant tout, pallier aux multiples indélicatesses, qu’elles soient volontaires, ou pas. Consolider le département communication, prévoir des plans B devant les possibles annulations, aménager le planning des salles et celui des intervenants pour éviter des couacs de dernière minute. Multiplier les lapins sortis du chapeau, type « hey ! on a invité Jessica Jones ce matin ! » En somme, emprunter aux conventions américaine leur rigueur et leur sens du show en apportant la fameuse touche à la française qui a fait le succès des conventions précédentes. Densifier la partie « comics », donner du sens à l’expression « comic con », par un contenu plus spécialisé et des intervenants mieux choisis. Délaisser « l’exception culturelle française »: laisser Renan Luce aux Enfoirés et s’inscrire davantage dans l’actualité des cultures de l’imaginaire en capitalisant sur la sortie du prochain Star Wars.

Nul doute que les organisateurs de cette réédition sauront tirer les leçons de cette première année au goût d’inachevé et s’entoureront de collaborateurs plus pointus pour composer le menu de la prochaine Paris Comic Con et conquérir un public pour l’instant dubitatif.

La critique se devant d’être constructive, jamais négative, nous choisirons donc de qualifier la CCP 2015 de « zero year » et d’attendre une prochaine édition (annoncée du 1er au 3 octobre 2016) avant de brûler le groupe Reed en Place de Grève.

Edito #01: Dawn

Quoi de mieux pour reprendre la plume qu’un week-end de convention ? Scénaristes, dessinateurs, éditeurs, cosplayeurs. Files qui s’allongent, yeux qui brillent, mains qui frémissent, envie d’écrire à nouveau. Et de tout, comme toujours.

Bienvenue sur Geek&Think. Au menu, un peu d’actualité, quelques articles de fond, des réflexions plus poussées autour des cultures de l’imaginaire, comics, ciné, séries, manga…Diversité souhaitée, diversité forcée, à l’heure où l’adolescent à lunettes plongé dans Spidey a intégré une confrérie globalisée, phratrie spartiate connectée labellisée « geek« . Etiquette vite collée sur un classeur aux intercalaires bien vastes.

One-shot, saison, saga ou roman fleuve….on verra bien.

dawn